Dans un vieux pardessus ne valant pas deux sous,
Se tenant au comptoir témoin de sa faconde,
L’ivrogne titubant de son regard dissous
Recherche la lumière éclairant notre monde.

Son calice à la main il se pose en ténor
L’index pointé au ciel, faisant face au cénacle,
Il lance un gargouillis de voyelles sonores
Pour que chaque client puisse entendre l’oracle.

Il nous repeint la vie à coups de postillons,
Excommunie en gros en jetant l’anathème
Sur tous les saligauds exploitant les couillons
De trimardeurs mordus par les dents du système.

Tout en vidant son verre il congédie le pape,
Ouvre les églises à tous les sans?logis,
Notre gouvernement est passé à la trappe
Et il impose au bac un test d’œnologie.

Il pose des couleurs sur les murs des banlieues
Sème des fleurs d’oubli sur les champs de bataille,
Fait cracher les marchands en triplant les tonlieux,
Décore les putains d’une pluie de médailles.

Mais voyant tous ces cons de pauvres ricaneurs,
L’apostrophe grandiose il lève la tempête
Traverse le bistro en derviche tourneur
En lançant au plafond un saperlipopette?!

Échouant sur le trottoir tanguant sous ses chaussures
Il décoche à la lune un baiser de pochard
Et royal, il dépose une grosse coupure
Au fond d’un vieux chapeau tendu par un clochard.

Messas le 22 août 2006

 Kerryon Johnson Jersey