Des mains picorent, de table en table, chocolats, sucres et biscuits. Par dessus un journal, deux yeux les observent discrètement.

Des pas rapides résonnent… Un homme vêtu d’un costume anthracite attrape par la manche de son anorak un homme portant de guenilles kaki, coiffé des dreadlocks qui débordent grassement de sa casquette rasta. Il arbore un air distant, mais ses gestes sont amicaux. « Prenez ce dont vous voudrez…?» lui dit?il en lui collant trois pièces de monnaie au creux de la mitaine effilochée. Puis il retourne à ses lectures.

Le SDF pose son plateau sur une table. Dos voûté, gestes lents, il s’installe et entame son sandwich…

Une voix féminine et intrusive nous sort de notre léthargie. « Je le connais, lui?!?» lance?t?elle sans la moindre once de respect pour le silence aseptisé qui plane sur l’endroit. L’homme d’affaire lève les yeux. Une femme assez forte, à la robe bariolée de couleurs tout aussi criardes que sa voix, se tient à sa droite. « Merci?!?» Elle prend les pièces qu’il lui tend et l’embrasse sur la joue. « J’ai quelque chose pour vous…?» Elle fouille dans son sac à main, en sort un échantillon de parfum qu’elle brandit sous son nez. « Homme sauvage?!?» interjette?t?elle en nous arrachant un sourire. Je me replonge dans ma lecture, et espère pâlir rapidement.

Quand dix minutes plus tard je relève les yeux, l’homme d’affaire a disparu. La station de métro est toujours aussi déserte mais ô combien plus belle. À une terrasse de café, enfuie dix mètres sous terre, en cet instant, quelque part à Bruxelles, deux amis partagent en silence un sandwich et quelques pièces de monnaie.

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