Il était assis en face de moi et nous sirotions un café. Le lieu était lumineux, soigneusement décoré. La voix empreinte d’émotion et de fatigue, je lui annonçais ma décision de publier quelques uns de mes textes. Au fil de la conversation, j’énumérais mes critères de sélection et lui partageais mon doute quant à l’intérêt potentiel de mes textes pour un public. Il me parla par expérience, prenant comme exemple un univers qu’il connaît bien?; celui des compositeurs. Il me dit que la plupart d’entre aux parlent de leurs œuvres d’une façon similaire à la mienne, et que le regard qu’ils portent sur elles est souvent très différent de celui du public. En cet instant, il perçait l’abcès?; je comprenais pourquoi nombre de mes textes sentent le synthétique et pourquoi beaucoup n’ont jamais vu le jour. Il me disait qu’il faut raconter. Grâce à lui, maintenant je vais écrire.

Traversant les tunnels de la capitale, je repensais à l’épisode du café. Je réalisais que ma vie durant, j’avais cru autrui tellement plus compétents que moi. Saisissant cela, j’effleurais du bout de ma compréhension, cette liberté de pensée que je croyais posséder depuis longtemps.

12.03.2005

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