Nous sommes des hommes, nous sommes de la viande, des molécules, des atomes, des particules.

Nous sommes des états quantiques, nous sommes des fonctions d’ondes. Nous sommes ces abstractions qui sculptent le réel et sommes sculptés par lui.

Nous sommes les craintes et les espoirs de ceux qui nous ont précédés, nous sommes les souvenirs évanescents de ceux qui nous survivront. Nous sommes l’oubli de leurs descendants.

Nous sommes les échos lointains d’une explosion primordiale, nous sommes le silence à venir d’un univers froid.

Nous sommes les rires des enfants, les évocations distraites ou courroucées de contemporains, les discussions de pauses de midi.

Nous sommes le soldat au cheval mort qu’écrivirent Cervantes et Shakespeare. Nous sommes cet homme au feutre mou qui lit le journal en attendant le tram. Nous sommes l’oeuvre de Dante. Nous sommes ces Grecs inconnus, que nous appelons Homère.

Nous sommes un nom, une profession, une adresse, un numéro de registre, d’autres numéros encore.

Nous sommes un séquençage encore inconnu d’ADN, nous sommes aussi une variante précise de ce séquençage.

Nous sommes un nombre fini de neurones que relient et qui relient un nombre fini d’axones et de dendrites dont les membranes finies possèdent un nombre fini d’états de polarisation possibles.

Nous sommes donc, individuellement et collectivement, à chaque instant, un nombre précis, fini et inconcevable.

Nous sommes nos propres rêves qui tentent de s’incarner.

Nous sommes une corde vibrante entre nos désirs et nos peurs, notre jouissance et notre douleur.

Nous sommes la chose lue, la chose entendue et donc la chose écrite et la chose dite.

Nous sommes une boucle étrange entre le réel et l’imaginaire. En conséquence, nous sommes le tigre qu’a rêvé Borges.

 Vince Biegel Jersey