La pendule murale me fait penser, subitement, à un insecte.
Elle vient de se libérer, de se détacher carrément du mur et, désormais, elle se tient immobile, elle trône au milieu de l’air.
Elle a l’air, elle a vraiment l’air d’un bourdon en train de faire du sur?place au dessus d’une fleur, tout vibrant, tout vrombissant, frémissant de manière continue. Ou encore, d’un moustique qui se préparerait à l’assaut, qui serait sur le point de fondre sur ma chair sucrée, si tentante.
Je sursaute. Tic. Tic?tac.
Claquement de mâchoires.
La machinerie darde ses aiguilles mécaniques, elle darde les angles carnassiers, pointus que celles?ci forment.
Clap ! Clac !
Je recule. J’ai peur que les aiguilles se referment sur moi. J’ai grand peur, c’est vrai, qu’elles ne se mettent, derechef, à cisailler ma couenne.
La pendule?insecte octogonale se trouve gainée, encadrée d’un liseré de cuivre bombé qui fait jouer des reflets sourds, luisants, non exempts eux non plus de menace.
Les aiguilles transformées en dards vont?elles tout à coup me piquer ? S’apprêtent?elles à me transpercer, à me porter leur estocade ?
Plus je recule, plus la pendule avance, se rapproche de moi. Comme si elle était portée, maintenue en l’air par d’invisibles ailes que des battements furieux secouent.
— Il n’y a pas assez de place ici pour toi et pour moi ! bourdonne?t?elle.
Et la voilà qui, inexorablement, me pousse, m’accule vers la fenêtre ouverte.
— Allez, dehors?! intime la pendule mutante, d’une tonitruante voix.
La panique me submerge et m’enlève ce qui me restait de raison.
Je me retourne et l’épouvante me précipite sans tarder dans le vide.
Un peu plus tard, un tressaillement de tout mon corps : je reprends connaissance. Mes yeux s’ouvrent : on m’a balancé de l’eau glacée sur le visage.
Je m’ébroue et je redresse la tête ; j’aperçois mon corps allongé sur le trottoir, juste sous ma fenêtre.
Autour de moi, une ribambelle de silhouettes humaines, de masques plus ou moins inquiets, qui se penchent.
— Vous avez tenté de mettre fin à vos jours?? m’interroge?t?on.
On rit, aussi :
— Quelle drôle d’idée pour un suicide : se jeter par la fenêtre, lorsqu’on habite au rez?de?chaussée?! Martavis Bryant Authentic Jersey