La lumière immobile, stable, à perte de vue.
Les coteaux, inamovibles, les coteaux pareils à de grosse mamelles gonflée et dorées par la lumière, ou alors à d’énormes sphinx repus de bien-être, de plénitude.
Les coteaux, qui cernaient la vallée, rassurants et rêveurs, qui bornaient fermement le paysage.
L’air : la brise chaude, blonde, qui se balançait.
L’air : le plus souvent figé, enlacé au soleil.
L’air et le soleil, semblables à deux bêtes endormies.
La torpeur presque minérale de ces longues heures creuses, plates.
L’espace, qui respirait, pulsait au ralenti.
Avant de s’échapper vers sa propre ouverture.
L’espace, plumeux, recourbé vers sa propre fuite.
L’espace, tout occupé à miroiter, à faire miroiter son élan. Tout occupé à se lancer vers lui-même, à se répandre.
C’était lui qui me fascinait. L’espace. Circulaire. Linéaire.
Il s’évadait, avec une souplesse de serpent nageur, avec une aisance qui avait l’art de relier, d’unifier le monde.
Des heures durant, je regardais l’espace se ruer dans l’espace ; je le regardais enjamber magistralement les distances, et voler à sa propre guise, fort de son ubiquité souveraine.
Quelquefois, il venait chatouiller, titiller mon bout de nez de très jeune fille.
C’était lui, le maître d’œuvre de toute l’harmonie de la vallée.
Et j’exultai. Sur le béton de la terrasse où le soleil se plaquait.
Entre les prés herbeux, ventrus, qui entretenaient leur rumeur de silence. Toute cette obstination à divorcer du temps me déstabilisait. Je la vivais comme un carcan, mais, dans la même mesure, comme le vertige de la liberté même. Rashaan Evans Womens Jersey