À Alain

Parant l’horizon d’un diaphane voile empourpré, le soleil s’abîme dans l’océan appesanti. Sur la voûte diaprée, des voiliers se dessinent en ombres chinoises. Abandonnant à la terre toutes leurs misères, ils voguent, planent cap vers le couchant. Juché sur la falaise, un saule déploie son feuillage?; il règne sur la terre, il domine la mer. Sur la plage qui se dore de pourpre, d’ocre et d’or, le silence se déchire et le temps chavire.

Les vagues fuyant sous leurs pas, deux amants marchent côte à côte. Guidés par la symphonie à la fois douce et puissante des marées, les yeux clos, ils s’entrelacent sensuellement. Libre de toute pesanteur, ils flottent, virevoltent dans les airs.
— Où est passé le temps??
— Qui s’en préoccupe vraiment??
— L’important c’est ce qui se passe à l’instant.
Ils sont un. Unis entre eux, unis avec ces lieux.

Arrive l’instant où de la déchirure de leurs corps jaillit la lumière. Submergés par des flots tumultueux de soie et de velours, les voici transportés dans un ballet aquatique. Maintenant rien n’est et ne sera plus jamais comme avant.

Un métronome bat au loin.
— Qui a été assez fou pour retrouver les clés de la prison du temps??
— Qui d’entre nous a osé en réveillé le geôlier??

L’océan est devenu argent sur satin noir, une constellation étoilée, l’univers. Les deux amants s’entrelacent sensuellement. Ils flottent dans un rêve, dans une bulle de cristal au sein de l’univers glacial. Tour à tour, l’un d’entre eux serre une rose rouge entre les dents. Elle a gardé ses épines et désormais, la valse, plus jamais ils ne danseront, mais plutôt un ballet ou un tango.

Ivoz, le 26 novembre 2004

 Delvin Breaux Authentic Jersey