Quand je tutoie l’aurore, la brume est sur la terre,
Telle un chiffon de soie jeté négligemment
De l’orée des grands bois jusqu’au cœur des étangs.
Mon cuir sur les épaules, je sors à la lumière.

De longs souffles sauvages sont passés sur la nuit.
Il n’en reste plus rien. Désormais le silence
S’est coulé dans les arbres. Comme une lourde sentence
Ecrasant de son poids le ventre des taillis…

Tels des diables taillés dans le vif de l’ardoise
Patientent quelques corbeaux qui jettent, au moindre vent,
De longues plaintes lugubres. Mais j’avance en souriant,
Le cœur à l’unisson de la vie qui me croise.

La lune s’accroche encore au lait de l’horizon.
Imposante et charnelle. Comme un œil grand ouvert
Dépouillerait les hommes de leurs sombres mystères
Pour les laisser à nus, sans force et sans raison.

Comme je reprends ma route, j’entends que brame un cerf.
Je m’arrête et j’écoute. Ce long cri rocailleux
Vient se nouer dans mes chairs le temps d’un vieil aveu :
Jusqu’à mon dernier jour, je vivrai sur ces terres

Et j’en serai le gardien. Amoureux et fidèle,
Ne les quittant jamais que pour y revenir
Et mêler à leurs cendres mes tendres souvenirs…
Au loin le clocher sonne. Je crois bien qu’il m’appelle…

D’un pas que je sais sûr, je poursuis mon chemin.
Un café chaud m’attend. Je vais écrire un peu.
Aucune ombre ne court la pâleur de mes yeux,
Ma force est douce et claire. Je la suis. Je reviens.

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