— Papa, regarde, un fou?!
— On ne dit pas fou, on dit malade mental.
— Comment qu’on fait pour le guérir, un malade mental??
— En parlant.
— Et s’il veut pas parler??
— Alors, il est foutu.

C’est vrai que tu étais le fou du quartier
J’admirais secrètement ta pure liberté
Même si je craignais ta figure de guerrier
Carnassier.

C’est vrai que tu hantais mes nuits d’enfant
Mes jeux insolents de guerres, invasions
Cavant des tranchées à ton pas errant
Mourant.

À ta longue crinière pendaient des poux
Tes griffes cornées, ta bouche évidée
Tes escarres pourpres, tes yeux roux
Dissous.

Ta maison éventrée en perpétuel qui?vive
Charnier jonché de débris, noire désolation
Refuge maternel de tes longues récidives
Dérives.

Carnassier, mourant, dissous,
Dérives.
Quand es?tu allé sur l’autre rive??
Sur ton royaume errant, ton manoir éclatant
Ton vaste domaine de cristal et d’or
Ses hautes tours
De larmes d’horreur.
Ton père gisant dans tes bras d’enfant.
Mourant.

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