Auteur : Virgile

L'Énéide – Livre I

Je chante les combats, et ce héros, qui, long-temps jouet du Destin, aborda le premier des champs de Troie aux plaines d’Italus, aux rivages de Lavinie. Objet de la rigueur du Ciel et du long courroux de l’altière Junon, mille dangers l’assaillirent sur la terre et sur l’onde ; mille hasards éprouvèrent sa valeur, avant qu’il pût fonder son nouvel empire, et reposer enfin ses dieux au sein du Latium : du Latium, noble berceau des Latins, des monarques d’Albe, et de la superbe Rome. Muse, révèle-moi les causes de ces grands événemens. Dis quelle divinité s’arma pour venger son offense ; pourquoi, dans sa colère, la reine des dieux soumit à de si rudes travaux, précipita dans de si longs malheurs, un prince magnanime et religieux. Entre-t-il tant de haine dans l’âme des immortels ! Sur le rivage que l’Afrique oppose à l’Italie, loin des lieux où le Tibre se jette dans les mers, s’élevait autrefois Carthage, antique colonie des enfans d’Agénor, cité fameuse par ses richesses, cité féconde en belliqueux essaims. Junon la préférait, dit-on, au reste de la terre : Samos eut moins d’attraits pour elle. C’est là qu’étaient ses armes, c’est là qu’était son char : là, si le sort l’eût permis, son amour eût transporté le trône de l’univers. Mais les oracles l’avaient instruite que du sang Troyen sortirait une race illustre qui renverserait un jour les remparts de Carthage :...

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Première Géorgique

Je chante les moissons : je dirai sous quel signe Il faut ouvrir la terre et marier la vigne ; Les soins industrieux que l’on doit aux troupeaux ; Et l’abeille économe, et ses sages travaux. Astres qui, poursuivant votre course ordonnée, Conduisez dans les cieux la marche de l’année ; Protecteur des raisins, déesse des moissons, Si l’homme encor sauvage, instruit par vos leçons, Quitta le gland des bois pour les gerbes fécondes, Et d’un nectar vermeil rougit les froides ondes ; Divinités des prés, des champs et des forêts, Faunes aux pieds légers, vous, nymphes des guérets, Faunes, nymphes, venez ; c’est pour vous que je chante. Et toi, dieu du trident, qui de ta main puissante De la terre frappas le sein obéissant, Et soudain fis bondir un coursier frémissant ; Pallas, dont l’olivier enrichit nos rivages ; Vous, jeune dieu de Cée, ami des verts bocages, Pour qui trois cents taureaux, éclatants de blancheur, Paissent l’herbe nouvelle et l’aubépine en fleur ; Pan, qui, sur le Lycée ou le riant Ménale, Animes sous tes doigts la flûte pastorale ; Vieillard, qui dans ta main tiens un jeune cyprès ; Enfant, qui le premier sillonnas les guérets ; Vous tous, dieux bienfaisants, déesses protectrices, Qui de nos fruits heureux nourrissez les prémices, Qui versez l’eau des cieux, qui fécondent les champs, Ainsi qu’à nos moissons présidez à mes chants ! Et toi qu’attend le ciel, et que la terre...

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Premier Églogue

Mélibée. En reposant, Tityre, à l’ombrage couvert De ce hêtre au feuillage épanchement ouvert, Tu mets sur le pipeau d’une avène légère L’air de mainte chanson doucement bocagère. Et nous, pauvres chétifs, nous laissons loin de nous, Les fins de notre terre et nos villages doux : Nous fuyons notre terre, en saison si mauvaise. Toi cependant, Tityre, en l’ombrage à ton aise, Tu apprends aux forêts à rebruire en chansons La belle Amaryllide au rebat de tes sons. Tityre. C’est un dieu, Mélibé, qui nous a fait la grâce De vivre en repos : aussi toujours sera-ce Mon Dieu que cetui-là, et de mes parcs souvent Maint agnelet ira ses autels abreuvant. Il permet à mes bœufs comme tu vois de paître, Et à moi de jouer d’un chalumeau champêtre Tout ce que je voudrai. Mélibée. Certes je ne suis point Sur toi pour ce bonheur d’aucune envie époint : Plutôt m’en étonné-je, étant si fort troublées Les affaires des champs : voici désassemblées, Ces chevrettes, cassé, je mène loin d’ici : Et à peine, Tityre, entre autres cette-ci : Car elle a deux bessons, l’espérance plus chère De tout ce mien troupeau, dans l’épaisseur naguère De ces coudres, laissés nus sur la dureté, Las ! d’une froide roche, où elle a chevroté. Aussi me souvient-il, sinon qu’abandonnée J’ai eu l’âme au rebours à malheure tournée, Que les chênes frappés du Ciel auparavant, M’ont de...

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