Mois : août 2016

Les Vents et Les Sables

Un train m’emporte vers Paris avec une boîte de Coca, les Dubliners de Joyce et — en face de moi — une vieille Chinoise que ses enfants m’ont confiée. Une masse incroyable, immobile, de tissus et d’étoffes enchâsse son visage et sa main droite. Ce visage fait bizarrement naître en moi celui du Chat de Cheshire, dessiné par Tenniel. Il ne sourit pourtant pas. La main, agile, avale et recrache un à un, mécaniquement, les grains ronds et jaunis d’un chapelet d’ivoire. Et, tandis que j’écris, elle me regarde, ignorant ou négligeant que je le perçois. Je relève doucement mon regard pour voir le sien s’enfoncer dans la campagne humide qui expulse le train. Seul l’horizon nous accompagne. Et les reflets dans la vitre. Entre les deux hurlent les vents et les sables. C’est ainsi qu’elle m’observe maintenant, en observant l’horizon. Le terme observer n’est pas correct : elle ne me détaille pas. Je pourrais dire qu’elle me voit si cet acte était fortuit. Mon image est ce sur quoi ses yeux, sa conscience reposent, de quoi ils se nourrissent. J’écris qu’elle sait probablement que je parle d’elle. Mon écriture doit investir son être autant que son regard emplit ces pages. Je ne sais pas encore ce qu’elle voit. Mon reflet dans la vitre est?il celui d’un étranger?? Est?il celui de ce très jeune officier qui lisait dans un train lors des...

Read More

Le Soldat

Autour, la grêle Le combat étouffé L’argile gelée sous le ciel de marbre L’acier se tait La plaine gémit Nulle charité, ni du fer ni du feu Odeur de poudre, odeur de sang Je pense à Cécile, à mon père Et je pense à mon chien Je revois son regard brun et tendre, gorgé d’un amour sans raison Je sens son odeur de chien, de terre humide et d’herbe coupée J’ai chaud et je m’endors Dans les viscères d’un cheval mort.  Jerick McKinnon Womens...

Read More

Le Snack

Un Anglais saoul veut manger, dans un petit snack pourri du port d’Anvers, à quatre heures du matin. Le type du comptoir ne veut pas le servir. L’Anglais sort des billets de sa poche, les jette sur le comptoir en gueulant quelque chose, s’assied à une table et attend. Moi, je suis à l’autre bout du snack avec Mireille. Je lui dis que dans cinq minutes, il y aura de la bagarre. Alors elle et moi on attend aussi. Pour voir s’il y aura vraiment de la bagarre, et parce qu’on est bien. Le type du comptoir prend les billets et les retape sur la table de l’Anglais en lui criant de sortir. Mais le type ne bouge pas. Alors le serveur attend lui aussi. Et je pense que le monde pourrait finir comme ça, à quatre heures du matin, dans un petit snack d’Anvers, chacun attendant, sans trop savoir pourquoi, quelque chose qui n’arrivera pas.  Nate Allen Womens...

Read More

La Photo

D’un pas rapide, encombrée de ses plus beaux vêtements, Madame Robinson marchait résolue et rayonnante. Arrivant à la ferme des Cornell, Elle vit Daisy accourir pour lui prêter une ombrelle de dentelle blanche. L’ombrelle avec laquelle elle s’était mariée, avec laquelle sa fille s’était mariée et avec laquelle se mariera sans doute sa petite?fille, un jour. « Merci Daisy. Avec ce soleil, je pensais arriver là?bas défaite et décoiffée par la transpiration. J’en ai encore pour une bonne demi?heure. — Tu as bien de la chance, Laura. Avec Charles et les enfants, on ne parle plus que de toi au souper. — Tu sais, ce n’est pas la première fois qu’il vient. Je suis sûr qu’il reviendra vite et que la loterie du Pasteur te fera ce cadeau à toi, alors. — Et Robert, ça ne lui fait rien de te voir partir seule au village?? Charles, lui, dit qu’il ne me… — Robert est dans son champ, comme tous les jours, que veux?tu qu’il en pense?? Je crois qu’il est plutôt content que ce soit tombé sur moi. — Tu es vraiment superbe, Laura. C’est un signe de Dieu que tu aies été choisie. Veux?tu boire quelque chose?? — Merci, je dois continuer. Je repasserai ce soir pour tout te raconter.?» La terre argileuse, écaillée de toute éternité, ne pouvait plus que renvoyer dans l’air en bouffées troubles la chaleur du soleil. L’herbe, grise et...

Read More

Hello world!

Hello World!, c’est généralement ce que l’on veut faire afficher au premier programme que l’on écrit. Une coutume d’informaticiens. Je vous dit ça parce que c’est grâce à un informaticien que j’ai le plaisir de pouvoir vous écrire à nouveau. Et surtout, que j’aurai à nouveau le plaisir de vous lire. Car Alcôves a fait peau neuve ! Et il était temps… après quelques années de désœuvrement, Alcôves est de retour avec pas mal de changements : Un nouveau domaine en .be… eh oui, nous sommes belges ! Une nouvelle ligne graphique, que nous espérions plus claire, plus lisible, plus agréable....

Read More